En train

     Voilà pour le premier atelier sur ce site, le texte que j’ai écrit. Je me suis essayée à une écriture un peu différente de mes habitudes, d’où mon impression d’avoir produit un texte plutôt maladroit, un peu comme une investigation dans la forme aussi. Texte polyphonique ou je me suis même inspirée de l’entrelacs vinavérien (pour ceux qui n’étudient pas en Lettres, c’est Vinaver, un auteur de théâtre qui s’amuse beaucoup à entremêler des paroles).
Bonne lecture.


En train.

     Petit matin. Une fois de plus dans la bagnole, qui en devenait ma maison. Il faisait frisquet, j’avais froid et cette attente n’arrangeait rien. Cette jeune fille, je la suivais depuis un mois, et toujours rien, elle semblait se mouler dans son quotidien d’une façon bien… conforme. Le motif de mon enquête ? Sacrés clients ! Faire un rapport sur ses faits et gestes, en découvrir le maximum. J’en avais quelques années de métiers, avec dans les archives de ma carrière des crimes très captivants à élucider, cette fois, je n’avais jamais mené avec autant d’ennui mon enquête. Plus je la suivais et plus mes rapports tendaient à être répétitifs ou insignifiants. Elle n’était pas suspectée de meurtre, ni de corruption, ni de tromperie, ni de rien du tout… Enfin… le boulot reste le boulot.

L’homme avachi dans le siège avant de la voiture, sortit un paquet de sa poche, il se roula une cigarette. Regard pensif vers la fenêtre du quatrième étage de l’immeuble qui bordait sa voiture. Fumée qui se dilua dans cette carapace automobile. Soupir.

Au bout d’un moment, il se redressa. De la lumière venait d’apparaître entre les rideaux de la fenêtre la plus à gauche. 4H30 du matin.

« Ah ! Un peu d’action, voyons voir, pourquoi te lever à cette heure ? Un peu de changement, ça ne fait pas de mal, pour mes rapports surtout, histoire de ne pas donner l’impression que j’invente paresseusement. » Normalement, elle se levait vers les 6h30 et sortait une demi-heure plus tard pour prendre le métro. Elle préférait arriver en avance. La journée, elle la passait la plupart du temps à l’université, sur les bancs des amphithéâtres à écouter tout un blabla qui je suppose la faisait mûrir, réfléchir. Et à côté : de la musique le jeudi, les séances de code le vendredi, des sorties certains soirs à des concerts, des bals, des théâtres. Elle se couchait vers les coups de minuit et cela recommençait et se répétait au fil des jours. Cette monotonie devenait inquiétante pour moi. Rien à analyser, rien à percer ou dénouer, ni mystère ni agglomérat d’indices. Le vrai complexe du détective qui ne trouve que des banalités claires comme de l’eau de roche. Et pourtant…

L’homme se pencha à nouveau pour fixer la faible lumière qui se laisse deviner à la fenêtre.

Et pourtant… je ne pouvais pas m’empêcher de poursuivre. Était-ce mon obstination qui me poussait à ne pas abandonner ? L’espoir que les choses soient parfois cachées sous l’évidence. Mais parfois, merde ! Quelle envie de tout lâcher ! Farfouiller chez les autres, c’est usant, ça se fait petit à petit mais c’est usant… On prend nos habitudes, on se prend à aller sur le terrain malgré soi, attiré comme un aimant. On se prend à ne rien vouloir laisser échapper des personnes que l’on suit, même si rien ne se passe, comme un prédateur qui joue avec sa proie avant de la manger.

Il se tortilla d’étonnement : les rideaux attirèrent son attention, légèrement décalés par une petite main. Entre les deux pans de tissu violets se laissait voir une silhouette à contre-jour regardant par la fenêtre. Le détective se tapit légèrement pour continuer à l’observer sans être vu.

À la fenêtre alors que tout était encore noir et figé dans le cours de la nuit… Que regardait-elle ainsi dehors, avant même que l’aube eût pointé son nez ? Je me retrouvais légèrement stimulé par cette nouveauté. Elle semblait balayer des yeux la rue, puis elle ouvrit la fenêtre. Je me sentais un peu pris de court, juste en dessous d’elle, avec comme cachette le seul toit de ma voiture. Elle était en chemise légère rayée blanche et vert pistache, malgré le froid et la buée s’échappant de sa bouche à chaque respiration. Je la vis ensuite disparaître quelques minutes puis revenir avec une bouteille d’eau pour épancher la soif de sa plante sur le rebord. Elle ouvrit grand les rideaux, s’étira longtemps comme pour accueillir le jour. Je dois le dire, le tableau était joli dans cette aube bleuie. Mais elle referma les battant de la fenêtre. « Quoi, c’est fini le spectacle matinal ! » Je me sentis sourire un peu, quoique railleur.

Il ouvrit la boîte à gant, sortit un stylo et un calepin et commença à écrire des mots… Il gratta le papier alors qu’au-dessus de lui, à la fenêtre gauche, des mouvements pouvaient être perçus. La jeune femme déplaçait des meubles, vint placer une table contre le mur, dessous la fenêtre. Elle avait mis de la musique et se trémoussait tout en mettant sans dessus-dessous sa chambre. De dehors, elle se mouvait dans un mutisme derrière la barrière d’un monde feutré.

Je me mis à écrire en détails ce que j’avais vu. Elle était visible dans sa chambre, je la voyais se mouvoir bizarrement, effectuer une sorte de danse et traîner des meubles sur le parquet de sa chambre. Attendait-elle quelqu’un ? Changeait-elle souvent la configuration de sa pièce ? À la fin de cette agitation, elle s’assit sur sa table, perchée, la vue surplombant les toits en mousse de l’école d’en face. Elle ouvrit à nouveau la fenêtre. Drôle de méditation ! Je restais calmement sur mon siège pour ne pas éveiller de soupçon, je dois dire que je n’étais pas à l’aise. Je me sentais épié par ma propre proie bien qu’elle ne put probablement pas me voir. Je jetais des coups d’œil autour de ma voiture, pas âme qui vive. La même ambiance de matin pas encore prêt à éclore. Dans les logements qui faisaient face à l’appartement de la femme, une fenêtre était allumée. Aurait-elle décidé d’espionner quelqu’un ?

L’homme restait à son poste, prenant des notes, observant, attendant. Elle, assise sur sa table derrière la vitre, immobile, paraissait attendre.

« Qu’attends-tu ? » J’en devins las au bout d’une heure. Monde statique coincé entre la nuit et le jour, et elle comme une statue qui se fondait dans cette immobilité.

L’homme reprit son paquet de tabac et se roula une nouvelle cigarette. Il la mit à la bouche mais ne l’alluma pas.

Impossible de fumer à ce moment, il fallait espérer que la rue s’anime bientôt dans le chaos, alors elle n’y verrait que du feu.

Arriva la lumière pâlotte du soleil à l’Est, la femme se tourna pour la voir progresser et alléger la noirceur du bleu encre dans le ciel. Puis brusquement, quand sortit le disque lumineux en bas du ciel, elle disparut à l’intérieur, laissant le vide à sa fenêtre. L’homme en profita pour allumer sa cigarette.

Je méditais un peu sur ce que j’avais vu. Fallait-il que je cherche quelque chose à comprendre quoi-que-ce-soit ? « Bah… m’étais-je dit, pas assez de pistes pour interpréter maintenant. » Je me détendais, la cigarette, ce geste qui me collait à la peau quand je manquais d’inspiration.

De toute la journée elle ne sortit pas de chez elle. Le détective, quant à lui resta dans la voiture, s’occupant, gribouillant sur son calepin, fumant, écoutant la radio, et surveillant régulièrement la fenêtre ou la porte de l’immeuble. Musique de radio. Hors de la voiture, la vie suivait son cours, les nettoyeurs soufflaient les feuilles d’automne, les enfants furent amenés à l’école, les chiens pissèrent sur le même poteau après l’avoir reniflé.

En début de soirée, les rideaux se fermèrent. Les lumières s’éteignirent. Quelques minutes après la voilà qui sortit de l’immeuble. Derrière elle claqua lourdement la porte en fer forgé.

Elle avança vivement dans la rue où baignait une brume insidieuse. Soudain attentif, il la regarda dans le rétroviseur. Une fois à une distance suffisante, il sortit de la voiture. Il la suivait : allure modérée, tel un passant quelconque. Elle continuait ses foulées de pas précipités. Au croisement, elle tourna la tête, lui qui se trouvait assez loin sur l’autre trottoir détourna la sienne pour regarder sa montre. Elle se mit à presque courir vers l’arrêt de tramway. Il accéléra. Elle s’arrêta net enfin, à quelques mètres de l’arrêt. Il alla se porter de l’autre côté de l’abri et attendit. Les deux montèrent dans le tramway. Dans la foule, il risqua de s’approcher. Elle sortit l’arrêt suivant. Elle marcha jusqu’à un bâtiment assez long. Bruit de train, bruit de pas, bruit des roues de valise qui frottaient le sol, bruit du changement des lettres d’annonce de départs sur le panneau, bruit des annonces. Dans tout ce bruit et ces gens en mouvement, elle se faufila jusqu’au guichet. Elle demanda un billet pour une gare. Il ne put entendre la destination. Il la suivit sur le quai de gare. Elle faisait les cent pas en zig-zag entre les colonnes de l’abri du quai. On pouvait sentir l’impatience à sa manière d’avancer. Elle lançait des regards furtifs autour d’elle, puis voyant arriver le train esquissa la moitié d’un sourire.

Dans le train, elle s’assit dans le sens inverse de la circulation. Il prit place plus loin de manière à pouvoir conserver un bon point de vue, discret. Le train démarra.

Une fois dans le train, elle avait gagné, elle m’intriguait. Elle se tenait là, à regarder le paysage. Les fils électriques du train qui s’entremêlaient.

Le train se frayait un passage dans la ville puis, d’un coup d’un seul, il émergeait au-dehors, à toute vitesse coupant les champs. L’homme sortit de son attaché caisse un bloc-note, un livre et un crayon.

Une fois habitué à cette nouvelle proximité, je me mis à l’observer plus calmement. Je prêtais attention au moindre expression de son visage pouvant trahir des nuances dans son comportement. Sur son visage : un air un peu contrarié, les rides de son front apparentes. Le contrôleur de sa voix robotisé annonça la destination du train et les différents arrêts, de tous ces noms de petites villes, j’en connaissais quelques-uns.

En face d’elle, une fille et sa mère. La gamine la regardait. Le contact s’instaura. Les deux se fixèrent, elle lui sourit et la petite hésita, impressionnée. Elle sortit de son sac des journaux qu’elle entassa sur l’étroite table qui lui faisait face. Elle fouilla un peu sa trousse et en sortit une paire de ciseaux. Après quelques minutes, elle se mit à éplucher les journaux, elle ne lisait pas vraiment, elle survolait et en découpait certains passages.

« Ah mais qu’est-ce que tu bricoles ? Des journaux ? »

À chaque coup de ciseaux, l’homme était un peu plus intrigué. Un coup de ciseaux, quelques notes sur le carnet. Un coup de ciseaux, un coup d’œil. Un coup de ciseaux, une photo prise à la volée. Elle fit un clin d’œil à la fillette, et lui tendit un morceau de journal, puis dégaina alors le tube de colle et assembla les épreuves de journaux. Le train ralentit, s’arrêta. Échappée et entrée de voyageurs. Elle remit tout son fourbi de papiers et de colle dans son sac, replia la table et posa son front contre la vitre.

À chaque arrêt, mon pouls s’accélérait. Un suspens avait germé en moi. Je voulais savoir la suite. Mais elle restait dans son coin. La contemplation du paysage défilant l’avait scotchée au vitrage froid de l’engin, de la buée s’était étalée là où s’échappait son souffle. Je soupirais. En détournant la tête je me mis moi-même à scruter les formes à l’extérieur. Nous venions d’atteindre un couloir entre deux montagnes. Le brouillard s’infiltrait, divisant l’espace en strates. Les pentes de pierres escarpées grimpaient jusqu’à toucher les nuages couleur cendre. J’étais transpercé par des sentiments indescriptibles devant ces images qui défilaient : une croix en surplomb d’une falaise, ces masses de pierre qui paraissaient se resserrer, un cours d’eau maigre sillonnait le gravas et les ramifications des arbres s’embrouillaient. La lumière se dégrada, se bleuit, se grisa, se noircit. Peu à peu je ne distinguais plus qu’un fouillis d’ombres qui dansaient dans mes yeux. Subitement, le fond s’effaça : apparût devant moi une forme statique, un visage qui me regardait. Étonné, regard sur mon reflet-même. Ce reflet me choqua, dans mon travail, j’étais un anonyme, sans visage, multiforme, en incessante transformation. Voir la fixation de mon visage dans le noir lucide de cette fenêtre était presque une offense. Elle me rappelait à l’ordre et pourtant je continuais à vagabonder dans ma contemplation, j’y décelai une certaine absurdité. Puis ce fut le noir complet au-dehors. Nous venions d’entrer dans un tunnel. La violence de toutes les lumières et éléments de décors intérieurs vinrent s’inscrire autour de mon portrait, dans le fond de ce miroir. Ce nouveau tableau me fit détourner les yeux. Toujours dans la réflexion, je vis toutes les têtes de mes voisins, plongées dans leurs occupations et enfin son reflet, de biais. Elle poursuivait son inspection, elle devait maintenant observer comme moi ce micro-monde à l’intérieur de notre wagon.

Elle le vit en train de contempler la campagne que traversait l’engin serpentueux. Elle se complaisait à épier et définir les moindres détails de cet homme. Renversement miroir, pendant quelques minutes ce fut elle la poursuiveuse, cherchant des secrets en lui. Dans le tunnel, elle le vit pointer son regard sous un autre angle, toujours face à sa fenêtre. Elle baissa la tête. Reflet à reflet. Se cacher de l’autre, révéler l’autre. Quand l’un tournait la tête, pour pointer ses yeux dans le reflet de l’autre, l’autre instantanément tournait la tête. Le jeu d’œillade dura quelque temps jusqu’à ce que leur deux pairs de yeux s’atteignirent, se percutèrent. Pendant une fraction de seconde, prunelle contre prunelle, il décortiquèrent le regard l’un de l’autre.

Nos yeux aimantés pendant quelques instants, je pus lire la malignité de cette femme dans son orbite vert. Épouvanté ensuite, je brisais ce lien et postais mon attention sur mes mains moites, mon carnet. Je restais ainsi sans oser lever le regard sur elle, je sortis un livre et fis mine de m’y plonger avec un intérêt excessif.

« Mesdames et Messieurs, nous arrivons en gare de Culoz. Merci de ne pas descendre avant que le train ne soit à l’arrêt. » Elle se leva, se rhabilla… Trois pas pour partir, elle se ravisa, dit au revoir à la petite fille, puis traversa le wagon en passant près de lui dans l’étroit couloir qui séparait leurs rangées de chaises. Elle franchit les marches et mit pieds à terre.

Enfin ! j’étais à la gare. C’était étrange, très étrange, je me sentais comme dans un de ces films en noir et blanc à l’ambiance nostalgique : une arrivée en train, un quai en brume, la foule emmitouflée qui se presse et s’empresse, les valises qui raclent le sol, et à travers des châles volants une femme dans le mystère et un homme qui la suit. Cette femme dans le mystère, c’était moi. Dans le mystère, oui, c’est bien le mot, je n’étais pas un mystère, je me perdais dans ce mystère… Le regard de cet autre qui me suivait… le voilà qui semblait me coller dans le dos, orchestrer mes faits et gestes, j’agissais sous son influence. D’ailleurs, je regardai autour de moi, le vieux bâtiment vers pistache de la gare, le quai qui s’évidait… Je fus prise d’un doute. M’avait-il vu m’échapper du train… En moi une tension montante, des frissons dans tout mon corps. Il devait être là, quelque part, à m’épier. Je m’avançai vers la passerelle. La vielle passerelle en ferraille bleue-verte, rougie par la rouille par endroit.

La gare était petite, longue, d’un vert pastel. Elle marchait le long des portes arrondies bordées de montures en bois. Les vitres quadrillées dégageaient un halo de lumière. Derrière les murs se trouvait le détective, qui la suivait de loin dans la rue parallèle, distinguant sa silhouette à travers les vitres de la gare.

En dépassant le bâtiment, je vis un bout de tissu virevolter, un morceau de son manteau. Là il était, discret, à suivre mes pas. J’atteignis les premières marches de la passerelle, noires, antidérapantes, le rebord de la rambarde gelée. Arrivée en haut de cette passerelle clouée au-dessus d’une voie ferrée entre deux montagnes, le froid s’imposa à moi. Je parcourrai un rite initiatique, un peu mystique. Au loin une ligne dessinait l’absence de la lune, très faiblement nous pouvions voir son contour. On m’avait dit une fois que j’étais lunaire. Je l’avais longtemps nié. Cela était pour moi une source de tristesse, une image de peur. Maintenant je me prenais à m’y identifier. Monstre blafard, lumière douce de la nuit. Je jetai un coup d’œil à mon espionneur, qui semblait se jeter en un saut de l’ange dans le risque. Il ne se cachait plus mais se donnait l’air du futur passager d’un train. Je redescendis par l’escalier central.

Alors qu’elle se trouvait maintenant sur le quai du milieu, lui suivait par symétrie sur le quai voisin ses chemins hasardeux. Jeu de cache-cache dans ce lieu épuré. Elle faisait de petites pauses sous la lumière du lampadaire. Lui apparaissant au détour des arbres.

« Ne serais-tu pas en train de te moquer de moi ? »

Deux points

« Je te mêle par le bout du nez dans ce lieu »

entre les deux lignes parallèles

« Fascinante désillusion, charme »

Deux points dans un lieu épuré.

« Je t’ai un peu menti, je te mens un peu »

Un vieux wagon en ruine

« Mais te voilà fragile et émotive, tu frémis »

Un petite cabane à oiseau

« Il y avait une mosaïque de possibles »

Un dallage, quelques pavés déterrés

« Le froid, la nuit ça ne te dérange pas ? »

Regard provocateur.

« Qui de nous ? »

Lui : sur la passerelle.

« Que viens-tu faire ici ? Qui attend tu ? »

Elle : en dessous, à l’écoute de ses pas.

« Qui de nous deux intrigue ? »

Elle s’assit sur un vieux banc : lattes de bois calées dans deux blocs de béton blanc. Il descendit sur le quai d’en face. Éclipsé derrière des barrières en métal, assis sur le socle de béton, pilier de la passerelle. À travers ces lignes entrecroisées, ils s’épiaient, s’affrontaient. Un son sourd et régulier se rapprocha. Passage d’un train, violence grinçante des chocs de l’engin, bruit brut du vent contre cette masse.

Le train se dissipa. Elle, de l’autre côté, lui sourit.

« Tu n’attends personne, c’est bien ça ? »

Il lui répond par un rictus désabusé.

«  Qui de nous deux intrigue ? »

Elle finit enfin par me tourner le dos. Pour moi, il était déjà trop tard, nous avions parlé avec nos yeux bien trop longtemps pour que je puisse paraître encore un passant ordinaire. Mais elle s’était complètement détournée. Et elle reprit le train de retour pour rentrer chez elle. Non sans être épuisé de cette absurde virée dans une gare la nuit, la démarche atonique, je m’engouffrais à sa suite. Je la vis s’asseoir puis changer d’avis et aller dans un autre wagon. Je m’approchai de la place qu’elle venait de quitter et je vis sur la table un puzzle de coupures de journaux.

DSC_0397DSC_0393DSC_0390

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *