Vue à la fenêtre

Façade vis-à-vis. Face à face qui grouille de vie. À travers la lucarne je regarde les autres vies dans la rue, dans l’immeuble d’en face.
Les lumières à chaque fenêtre ouverte m’ouvrent sur des scènes muettes qui se découpent dans le gris de cendre de l’immeuble. Petites scènes de maisons de poupées. Les deux amies attablées qui papotent, cigarette et portable en main.
L’armoire, vielle, massive, légèrement ornée auprès de laquelle un vieux monsieur est posté. Il s’adonne à la même occupation : regarder fourmiller le petit monde. Une chemise de nuit épaisse ouverte sur un marcel, il fait encore chaud.
Les rires des voisines qui s’échappent d’une fenêtre. Les cris répétés d’un bébé.
En bas, un homme vêtu d’un costume en tissu africain, une casquette NY sur la tête, se promène oisivement une bouteille à la main. Un petit rosé pour la promenade du dimanche soir. Peut-être est-il bien déterminé sur sa destination, tout en laissant croire le contraire. Le lampadaire et son halo de lumière, ce jour qui s’estompe mais ne s’éteint jamais. La nuit, en ville. Le grognement des voitures et les rumeurs des discussions.
La parlotte monte les étages, s’envole du trottoir jusqu’à la lucarne du 4ème, les grands débats et les disputes qu’on ne peut comprendre mais que l’on discerne malgré tout à l’intonation.
Les fissures sur le mur et les volets qui, un à un, se ferment comme les paupières fatiguées  qui closent le visage ridé des personnes âgées.
Tableau capturé derrière les barreaux du 4ème étage de la rue Thibaudière, un soir de septembre.

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